Paris, mois d'aout, 2016

A quelle âge j'ai commencé à dessiner ?

J'ai commencé à peindre à l'âge de 6 ans, selon ma mère.... Moi je me voyait sérieusement « devenir peintre » à 7- 8 ans. Ma mère dit que la première chose que j 'ai dessiné était un cheval, c'est possible car mon père qui est vétérinaire dessinait des chevaux pour moi. Moi je me suis sentie toujours un petit cheval noir. Je me souviens en tant que premier dessin de portrait que j'avais fait à mon père, assis sur le lit et habillé en pyjama en rayures. Je pense d'avoir eu 6 ans.

Pourquoi ?

Je peins car peindre me permets de découvrir des choses en moi. « Trouver » le tableau c'est un énigme que j'aime résoudre. La peinture doit naitre d'elle même. Elle meurt d'elle même aussi lorsque je rate. Ainsi construire et rater, les deux sont un processus. J'aime expérimentation, j'aime chercher , je veux trouver un « truc » particulier... Des couleurs inattendues ou des rapports des couleurs spécifiques. Je pense que j'ai peint mes meilleurs tableaux sans me prendre « trop au sérieux »... Je considère le dessin en tant que évidence et la peinture en tant que mystère.
En effet je n'ai pas eu d’autres vois qui s'ouvrent devant moi à part la peinture... Après Les Arts Décoratifs à Paris, j'ai eu une une période des doutes... Je voulais faire autre chose, mais je n'arrivais pas, alors je faisais des performances. Ce qui est drôle que avec les performances, c'est que avant, aux Beaux Arts de Sofia, faire une performance était un chose innovante, un truc ultra moderne. Maintenant à Paris, la performance est devenue un mode d'expression académique. J'ai toujours voulue être « avant-gardiste », voir en avant, moderne. C'est pour ça j'ai quitté l'Académie des Beaux de Sofia. Je suis venue à paris avec l'envie de faire de l'image numérique, de multimédia , C'était mon multi vitamine. Mais finalement je suis revenue à la peinture. Pourquoi ? Parce que j'ai compris que la modernité c'est l'idée et non pas les effets séduisants d'un medium. N’empêche que je voudrais, moi, aussi comme Julien Schnabel, de pouvoir changer de médium en gardant la même esthétique.

Qu'est ce que j'attends de la peinture ?

J'aime ĂŞtre surprise par la peinture, je souhaite que la peinture m'apporte une nouvelle vision.
La peinture c'est un processus, un état d'âme, une tradition. C'est comme un rituel, peindre, et puis s'assoir pour réfléchir. Mon professeur aux Beaux Arts disait que étudier la peinture c'est comme de faire des études en philosophie, après tu peut tout faire. En effet je m’intéresse à tout !

Mes objectifs ?

Je voudrais trouver quelque chose. Mais quoi ? Je cherche toujours la bonne idée. J'aime trouver des solutions.

Mes projets ?

Exposer au musée. Et puis ? J'ai beaucoup des doutes dans mon travail. La peinture me remet en question tous les jours. C'est névrotique. Comme il dit Jung, se débarrasser de sa névrose, c'est comme de priver un génie de sa pensée la plus géniale. Mais j'avoue que je souhaite m'ouvrir à un autre medium en parallèle que la peinture, l'image numérique de nouveau . Des fois je me dis que je devrais mettre un appareil photo et filmer les modifications dans le tableau, puis faire une vidéo peinture animée.

Mes influences ?

Je suis influencée par Per Kirkeby, Willem des Kooning, Julien Schnabel. J'aime Bazelitz, Markus Lupertz. Mais depuis que je peins, j'aime surtout Monet. La couleur, voilà ce qui m’intéresse dans la peinture. Mais je me sens plus proche de Fontana, et son énorme recherche.
Une peinture qui m'a récemment influencée c'est la Japonaise de Henri Matisse. Ce corps qui se fond dans le paysage. Je me suis dis, voilà, c'est comme ça que ça doit être.

Mes rĂŞves

Si tout le monde aimais mes peintures, cela me posera un problème... Hier j'ai rêvé d'une femme qui était blonde et coiffée comme Mona Lisa. Oui, je veux que mes tableaux soient intemporelles.

Pourquoi je suis venue à Paris ?

Je suis venue pour repartir de zéro. Déjà à l’Académie des Beaux de Sofia et en Bulgarie je ne me sentais pas à ma place. Je trouvais la peinture assez rétrograde, pas seulement à l’Académie mais en général. Je voulais tout simplement partir. Je voulais faire de l'art numérique, de la multimédia.

Ce qui m'inspire c'est ?

Je suis inspirée par des souvenirs de mon enfance, des paysages bulgares, des couleurs. Je pense à la couleur verte des poivrons, des tons roses des couches de soleil. Des tons gris de la montagne, ce gris entre vert et bleu. Je collectionnais des papillons, j'avais tord évidement, mais j'aimais leurs couleurs, les rapports des couleurs sur leurs ailes. Un ami me dis souvent que je suis comme un papillon sou. Comme un papillon tombé dans la bière, volant après en zigzag en se proclamant génial.

La naissance de l'idée

C'est l'idée que j'aime et qui m’intéresse dans tout. J'aime la caresser, cette bonne idée comme un petit lapin nouveau né. En effet presque toutes mes idées des peintures naissent au fil d'une conversation. C'est pour ça je parle beaucoup et d'ou ma nécessite d'avoir des collègues pour discuter avec dans mon atelier. Comme des perroquets. En le résumant, j'aime les idées et le café. Tous les deux sont inséparables.
Par contre , pas en parlant avec une personne n'importe laquelle l'idée superbe vous viendra. Surement pas en parlant avec la concierge, votre tente ou le chauffeur de taxi. Les gens vous disent « mais il faut être ouvert » et le fameux « on ne sais jamais ». En effet, je sais toujours. Ainsi jusque présent des bonnes idées j'ai eu que un parlent avec deux personnes... Il y a des gens qui sont intelligents mais avec qui les idées, elles ne se forment pas. En effet l'idée se forme comme une pierre précieuse. Il lui faut du temps pour qu'elle cristallise. Elle cristallise dans les esquisse et dans les moments avant de s'endormir.... ce que j’appelle la Grande cristallisation. Mais j’exagère en peu, car une bonne idée j'ai eu récemment en regardant un papillon... Je me suis dis que le rapport des couleurs sur leur ailles est toujours bon. Il était marron avec des taches oranges. Maronasse. Je me suis dis que je pouvais peindre avec de la sienne naturelle, orange, blanc et un peu de bleu cobalt. La nature est un bon peintre qui utilise bien les contrastes. Mais moi aussi je vais augmenter les contrastes dans mes peintures. Un copain m'a dis récemment au téléphone qu'il y avait la couleur comme une matière et puis, la couleur comme une lumière. Cela me semble évident, par contre je ne cherche pas tellement créer des matières dans mes peintures... au fait elles se créent d'elles mêmes sans que je me préoccupe de les chercher.

Sur l’identité

J'aime toujours revendiquer par fierté que je n'appartiens à rien et personne. Mais c'est un peu une pose. Par contre ce qui est sur, c'est que je n'appartiens à aucun pays. Je suis née en Bulgarie, et j'ai passé 22 ans dans ce pays. Je ne suis pas attachée à ma patrie. En France j'habite depuis 12 ans mais je ne suis pas attachée non plus... Pourquoi ? Je n'aime pas les traditions. Aujourd'hui c'est la nostalgie des racines... Tout le monde est à la recherche de ses origines, son identité... Les racines, ils vous attachent et vous arrêtent d’évoluer. Je vois ça comme ça..... je suis attachée à mes idées par exemple, j'y tiens. J'y tiens surtout de ne jamais changer de nom. Pourtant mon nom est bulgare. Mais c'est aussi une façon de m'assumer et d'accepter mon pays d'origine. Je suis unique et je tiens à le rester. Même si je dénigre les images folkloriques de mon pays natale.
J'ai une amie française, Catherine Stoll, qui a beaucoup publié à l’étranger et changer de vie. Elle m'a dis une fois : « tu sais, il faut se réduire, Denitsa ». Voilà, il faut se réduire, réduire à la création. Avant je voulais m'acheter tout le temps des fringues, je chercher exister pour qqn, je cherchais ça et là, et finalement je me suis réduite. C'est comme on réduit une sauce tomate, l'eau s’évapore et il reste l'essentiel.
On peut pas prêter attention a 36 milles choses, parler avec 1000 perroquets (les gens n'importe quoi qu'on peux trouver dans une soirée) ou aller faire de la cuisine ou décorer une maison. N'importe quoi. Une autre fois j'ai parlé avec Helene Milakis, (peintre) et je luis disait que je me demandais comment Jean Marc Bustamante, élu directeur des Beaux de Paris va gérer et sa création et son poste. Hélène m'a dis « C'est sont des hommes » la j'ai dis « Que est ce que tu veux dire ? » elle me répond « Ils s'en fichent » « Ils s'en fichent de quoi ? Que a la maison c'est un bordel ? » « Oui » et bien, moi aussi.
L'identité, pour moi c'est mon nom et mes convictions d'athée dans un monde fou à lié, encore épris par les religions, les schémas sociaux, les normes, les idées de bonheur, le patriotisme.... Je pense que l'identité elle doit se construire. Les gens ont besoin de croire , croire en dieu par exemple, au destin, à l'amour. Je pense que ça suffit de croire en soi, et puis, c'est déjà énorme. Mais personnellement je n'arrive pas toujours à croire en moi même, alors je suis nihiliste depuis quelques années. Je suce mon bonbon nihiliste et ça me rassure.
Je pense que mon identité c'est la peinture, ou ma création tout court. Mon identité c'est aussi mon profond nihilisme...

Le dessin

Parfois un esquisse, parfois une œuvre à part, le statut du dessin reste toujours ambivalent. J'accorde une grande importance au dessin. Peut être parce que je ne peux pas me limiter que à la peinture à huile. J'aime trouver des choses dans le dessin et puis les développer dans la peinture. Je travaille par phase. Aujourd'hui je suis dans ma phase aquarelle, demain dans un moment fusain. J'aime changer, traverser d'une technique à l'autre.
Par contre il y a cette fragilité du papier, les problèmes lié avec comment le présenter, stocker, conserver. J'ai acheter du papier marouflé sur toile mais ce support m'inspire plutôt des techniques mixtes que le dessin pur et net.
Ce qui est étrange c'est que les gens comprennent plus facilement le dessin que la peinture. La peinture reste complexe pour eux mais le dessin, et surtout si c'est en noir et blanc est tout de suite plus proche. A ce sujet une connaissance m'avait dis qu'elle avait assisté à une conference à la galerie Magda Danitz, alors certains artistes affirmaient que dans l'enfance tout un enfant à fait de dessin, voilà pourquoi les gens s'y retrouvent plus.

L'art conceptuel

L'art conceptuel était intéressant quand il y avait Duchamps. Duchamps a été sincère, pour Duchamps c'était un jeu. Maintenant l'art conceptuel a acquis un statut officiel. Je trouve que il y a un danger lorsque un style devient officiel. Cela dis, il s’arrête à être transgressif, dérangeant, novateur... Les gens y prennent l'habitude. Je n'aime pas les habitudes. Je n'aime pas aller sur une exposition et savoir à quoi m'attendre.
L'art conceptuel (devenu académique) a aussi toujours cherché de régler ses comptes avec la peinture.
J'ai assisté à une conference dans le cadre du Festival de l'histoire de l'art à Fontainbleau (cette année, 2016) Il y avait une discussion sur l'art conceptuel et sur sa perception par le public. Alors un des conférenciers racontait que des historiens de l'art sont allé à la Place de la République afin d’interroger la « non public » sur l'utilité du musée. La « non public » (j'adore ce terme non public) avait répondu qu'il n'aimait pas l'art conceptuel, d'ou son manque d’intérêt envers le musée.
Ce qui me fais rire c'est la naïveté des artistes conceptuels, le fait de croire qu'ils peuvent « tuer » la peinture, vu que la peinture existe depuis des milliers d'années, depuis la préhistoire. Peut on faire disparaître d'un coup, avec quelques ready-mades un art commencé sont existence dans les grottes Lascaux et Altamire ?
Et puis, vu que la non public préfère la peinture et le dessin, peut être c'est ça mon public ? La non public... L'art a il besoin d’être intellectuel ? Je pense pas que cela soit son rôle. L'art doit donner naissance à l’émotion. C'est pour ça que faire de la musique c'est plus « facile » que de faire de la peinture, car elle arrive à toucher plus facilement les gens, à les émouvoir. D'ou le fait que la musique c'est un art plus « populaire » que les « arts plastiques »... Et je n'aime pas d'ailleurs ce terme « plasticien ». « Plasticien », voyez vous ça, la personne qui doit « toucher a peu près à tout », s’éparpiller dans trois milles bidouillages. Je ne pense pas que aujourd'hui quelqu'un osera définir De Vinci en tant que plasticien. Et pourtant tout le mode sait que De Vinci a été peintre, mathématicien, ingénieur, etc. et si on demande l'homme de la rue qui est De Vinci, la personne vous dira « peintre ». La même chose est valable pour Picasso d'ailleurs.
Evidemment il y a des artistes contemporains comme Bruce Nawman ou Duglas Gordon dont le travail je trouve exceptionnel mais j'ai tellement vu des gens peignant sur des journaux, faire des pseudo installations ou encore pire du « pop art » sur des murs que je n'arrive pas de ne pas être péjorative... Ou bien après tout, on peut donner raison à Joseph Beuys dont l'oeuvre j'admire et qui dit que en soi tout le monde est un artiste...

Quel est mon plus par apport Ă  d'autres artistes

Je ne me répète jamais. Je trouve toujours des nouvelles solutions plastiques. La fluidité de mon travail et aussi l'impression que le tableau est fait d'un coup ; la spontanéité de mes traits. Je n'aime pas quand les heures passées dessus donnent l'impression d'un dur labeur. Beaucoup des gens associent l'art à la beauté et au plaisir. Ii faut que ça soit beau. Il faut que l'oeuvre soit explosive, comme un papillon du Brésil.

J'écris des poèmes ridicules et je donne des cours en peinture. Je suis un maître et j'ai 5-6 disciples. Je rigole. Le fait que je construis ma vie autours de ma création.
Je pense être assez polyvalente. J'aime construire des équipes. J'ai déjà collaborée avec des photographes, musiciens, acteurs. Je suis ouverte à tout un medium, technique ou collaboration...
Même si la peinture reste mon medium préféré car je trouve des choses, là dedans.
Je pense que ce qui me différencie des autres c'est ma personnalité. J'ai un bonnet avec des oreilles d'ourse et je raconte à tout le monde a quel point je suis géniale.

Sur le processus de création

La peinture c'est du travail, du travail, et encore du travail. La peinture c'est aussi une insatisfaction. Je détruis et je reconstruit. Je détruis énormément. Je gaspille beaucoup de matériaux et malgré les difficultés financiers j’achète beaucoup de peinture. Je rate, je reprends. Je reconstruit. Souvent je termine d'un coup, avec des coups de pinceau par dessus. J'avoue que très souvent je suis innervée par mes travaux en cours, je suis déçue ou je les trouves « moyens ». Alors, je lave et je recommence. Parfois je deviens hystérique, j'ai envie de jeter à la poubelle, faire et refaire. Je me bagarre avec la peinture, et la toile devient un champs de guerre et d’expérimentation. C'est mon boulot. Et toujours l'envie d'aller plus loin ; le fameux plus loin en peinture. Loin, au delà du sujet, au delà de la peinture, là, au bout.
Dans des moments pareils je ne supporte pas quand mes élèves de l'atelier rigolent... La peinture c'est du sérieux. Je sais bien que les gens prennent des cours en peinture pour se détendre, se changer les idées, mais je ne suis pas dans cette optique là, évidemment. Puis, je lâche prise, je peins, je suis énervée par autre chose, je peins sans vraiment regarder, histoire de voir jusque où ça va aller le travail en question. Et là, paf, d'un coup je m’arrête, ça me plait et la peinture est finie. Finie. Le moment du bonheur, du café, de m’asseoir et me rendre compte que j'ai très mal au pied. Je suis souvent pressée. Je suis pressée, je me dépêche finir. D'un coup je m’arrête et je me dis : « Mais pourquoi je me dépêche ? Personne m'attends nulle part. «  Alors, je prends mon temps.

La création est une chose imprévisible. Parfois on se dis dans les bonnes conditions : tranquillité, réveils à midi, bons outils, et on rame quand même. Mais, bon, il faut admettre aussi que je ne suis pas géniale tous les jours. Souvent je peins plusieurs tableaux en même temps, je prends des photos pour voir comment ça évolue. De toute manière, ça évolue toujours, dans la bonne ou la mauvaise direction. Peindre est une activité individuelle, on est seul avec la toile, ou la feuille et ou le ratage qu'on est en train de faire. Mais je suis heureuse à savoir que les collègues peignent à coté. Je ne veux pas m'isoler du monde pour travailler. Je pense que le meilleur façon de régresser est celle si. Un de mes amis dis toujours que Kokoschka a régressé comme ça à la fin de sa vie, en s'enferment dans sa maison avec sa poupée. Et là, tout ce qu'il a peint a été moins bien. Evidemment, je ne veux pas que ça m'arrive. C'est pour ça que bien que mon atelier est mal situé, au bout du couloir, dans un endroit précaire, c'est le voisinage qui compte. Mes deux collègues sont des très bons artistes. Je ne veux pas être entourer des artistes nuls et perdre ma motivation. Et puis il y a toujours le fameux « c'est bien ? » ou c'est pas bien ? Qui travaille nos têtes ;
si on a bien travaillé ou pas bien travaillé. Et si c'est pas bien ? Et alors ? Et bien, il faut recommencer. La peinture c'est une suite des nouveaux départs. Et dans chaque tableau je repart à zéro. Il y a des gens quand ils nous voient travailler, nous les artistes, se demandent où est le plaisir.
J'en ai marre de ce recherche du plaisir constamment. On vis dans une société bisounours hédoniste là où le plaisir est devenu un vertu principal. Je m'en fiche du plaisir. Dalleurs je pense que le plaisir est un moteur destructif pour la création. Il faut tout simplement sauter les obstacles, faire des sauts dans son travail car il y a un peu trop d'escaliers....
La peinture, ou l'art (car je ne fais pas que de la peinture) pour moi est un processus, un chemin. C'est mon chemin. C'est étrange, mais j'ai entendu des répliques concernant ce chemin de la part des gens que j'ai croisé une seule fois dans ma vie. Ainsi une fois dans mon atelier est venu un collègue que je n’apprécié pas de tout, ni lui ni son travail. Alors, d'un coup il m'a dis : « de toute manière, la peinture est une suite des rencontres » et c'est vrai. J'ai évoluée grâce à mes rencontres. J'ai eu de la chance de rencontrer des personnes très importantes pour ma peinture.
Et aussi cette été, à Deauville, une personne m'a pris dans sa voiture pour me déposer à la plage : en apprenant que j'avais un atelier, il m'a dis : « vous avez une passion, c'est déjà bien ».
Mais en soi, ce que je veux dire c'est que être artiste est le destin. Il y a les circonstances dans la vie qui le décident, les choix... Il faut être un peu fou aussi. Aucune personne normale ne s'enfermera tous les jours dans un atelier afin de marcher dans la peinture, sale, et échevelé, en se prenant la tête si c'est bien ou pas. Et on se prend la tête lorsque quelque chose est important.
Mais je pense aussi à des « peintres mineurs » telles les femmes de Pollock et De Kooning. Eh bien, elles se sont fait écrasées par leur maris car elles se sont perdues dans « l'autre ». J'avoue que avant je jugeais les femmes qui s'occupaient de leur mari, maison, le fait qu'elle trouvaient l'autre plus important qu'elles mêmes... Maintenant je me suis arrêtée à juger les bonnes femmes, ou les hommes profitant de leur soins pour mieux créer et avancer en tant que artistes. Je ne suis pas féministe mais individualiste. Maintenant je pense que chacun se débrouille comme il peut, avec le talent qui l'a, l'ego, la culture ou les opportunités dont la vie lui a proposée.
Une autre fois aussi j’étais en train de distribuer des flayers Académie Denitsa - maitre et élèves. Un homme s’arrête, mets sa main sur mon épaule et me dis : « Vous savez, c'est très dur. Il faut travailler beaucoup, pour arriver a quelque chose. »  Je le confirme.


Quand est ce que la peinture est finie ?

Savoir si c'est une Ĺ“uvre est finie ou pas c'est la chose la plus difficile. La peinture est finie lorsque je n'ai plus envie de rajouter quoi qu'il soit. Quand je accepte le tableau tout court.

Dans quel style je travaille ?

J'aime l’expressionnisme et je me définis en tant que expressionniste. On m'a toujours dis que mes dernières œuvres sont dans le cadre de l'abstraction lyrique. Oui. J'adore l'abstraction. A condition qu'elle ne devienne pas un schéma bien sur. Par contre mes peintures contiennent des éléments figuratifs « cachés ». Ce que j'essai de faire c'est de prendre des éléments figuratifs et de les traduire à mon langage. Par exemple je peins des foudres, mais sur mes peintures on voit la traduction des foudres... Foudres non-naturalistes. Ou parfois à l'inverse, je construit un tache avec des coups de pinceau, et puis je me dis que cela peut être un buisson...
J'ai horreur des peintures laborieuses. Ce qui ne m'empĂŞche pas d'adorer la Joconde et de la trouver merveilleuse. Par contre, en la regardant, je ne pense pas au fait que De Vinci a mit 5 ans pour la faire. Mais une Ĺ“uvre existe toujours dans son contexte et dans son Ă©poque... Moi j'ai envie de reprendre Ă  partir de Kirkeby, Hartoung, Schnabel... Et voir ce que je peux faire Ă  partir de lĂ .

Les femmes artistes

La peinture n'a pas de sexe. Alors, les discours féministes ou misogynes, je ne les trouve pas intéressants. Par contre si vous mettez une photo d'une jolie fille sur Facebook, c'est sur que vous allez obtenir plus des likes que si vous mettez une photo de peinture. Voilà, ce qui est décevant.